L’éducation : ce que j’aurais aimé apprendre

Toute la construction de la femme qui écrit ce texte, s’est basée, à l’âge adulte sur la face secrète de l’égoïsme.
Consciemment & fièrement assumé.


« Je ne veux pas t’entendre. »

« Arrête de chanter ça fait mal aux oreilles. »

« Je ne t’ai pas demandé ton avis. Je te dis de faire ça alors tu obéis. »

« Tu l’as bien méritée celle-là ! Et pleure pas, fallait pas me faire répéter. »

« Tiens-toi droite et tais-toi. »

« Sois sage. »

« Arrête de pleurer. T’en veux une autre pour te calmer ? »

« Pleure, tu pisseras moins au lit. »

« Si on se dispute avec ta mère, c’est de ta faute ! »

« Tu imagines tous les sacrifices que je fais pour toi ? »

« Tu te rends compte du temps que je perds là ? T’es bête ou tu le fais exprès ? »


Mon éducation n’a pas été pensée dans le but de m’aider à me construire pour cette vie et ses épreuves.
Mais dans un climat de peur, où l’on m’a façonné pour que je sois « juste » une personne.

Discrète.
Polie.

Ne surtout pas déranger.
Ne pas poser trop de questions.
Ne pas répondre.
Ne pas prendre trop de place.
Pas trop fille parce qu’on ne veut pas d’une princesse, mais pas trop garçon non plus.


Dans cet univers « sois belle et tais-toi », ou plutôt tais-toi, parce que si tu sais que tu es belle tu deviendras superficielle ;

J’ai appris à écouter leurs voix et non la mienne.

J’ai appris à obéir sans savoir que j’avais le droit de choisir.

J’ai appris à faire plaisir sans me douter que le mien aussi pouvait exister.


On ne m’a pas appris que j’avais une voix, que mon avis avait de la valeur.

On ne m’a pas appris que dans une relation je pourrais dire non, que j’étais la seule à décider de mon corps.

On ne m’a pas appris à reconnaître mes besoins, encore moins à les respecter.


Trop souvent, on confond l’autorité parentale, qui consiste à poser un cadre pour la sécurité et le bien-être physique et physiologique de l’enfant dans son développement, avec le fait de modeler, manipuler, étouffer et imposer une seule vérité et une seule voix juste à son enfant : la sienne.


L’enfance n’est pas seulement une période de la vie. C’est le socle sur lequel nous construisons tout le reste.

Et si l’on revenait à l’essentiel ?

Je n’ai pas la prétention de détenir la bonne façon d’éduquer un enfant.

Je sais seulement ce que j’aurais aimé apprendre plus tôt.
Ce que mes formations, mon métier et mon histoire m’ont appris au fil des années.

Alors, si je devais transmettre quelques essentiels, ce seraient ceux-là.


Avant de lui apprendre à rentrer dans les normes…
…j’aimerais qu’il découvre que les corps changent.

Tous.
Toute la vie.
Qu’il existe des corps grands, petits, gros, maigres, valides, handicapés, marqués par une maladie, une grossesse, un deuil, un accident.
Et qu’aucun ne mérite moins de respect qu’un autre.
Parce que la diversité des corps fait simplement partie de la vie.


Avant d’apprendre à bien tenir sa fourchette…
…j’aimerais qu’un enfant apprenne à reconnaître ce qu’il ressent.

Qu’il sache mettre des mots sur sa colère, sa peur, sa tristesse ou sa joie.
Parce qu’un enfant qui n’a pas les mots laisse souvent son corps parler à sa place.
Et parfois, ce corps pousse, frappe, mord ou crie.
Non pas parce qu’il est méchant.
Parce qu’il ne connaît encore aucun autre langage.


Avant de lui demander d’être sage…
…j’aimerais qu’on lui demande comment il va.

Qu’on lui laisse raconter sa journée.
Même si elle nous paraît banale.
Parce qu’un enfant vit, lui aussi, des déceptions, des peurs, des humiliations et des grandes joies.
Son monde est petit.
Mais les émotions qui l’habitent, elles, sont immenses.


Avant de lui apprendre les règles de politesse…
…j’aimerais qu’il sache une chose.

Son corps lui appartient.


Avant de parler de sexualité…
…j’aimerais qu’on parle de consentement.

Pas le jour où nos enfants deviennent adolescents.
Bien avant.

Quand un enfant ne veut plus prêter son jouet.
Quand il refuse un câlin.
Quand il serre un camarade trop fort malgré son « arrête ».
Quand il insiste.

Le consentement n’apparaît pas à seize ans.
Il grandit dans les gestes les plus simples du quotidien.

On apprend à un enfant qu’il a le droit de dire non.
On lui apprend aussi que le non de l’autre est tout aussi précieux.

Parce que respecter une limite ne dépend ni de l’âge, ni du sexe, ni du contexte.
C’est une manière d’apprendre à vivre ensemble.


Je ne crois pas que l’on puisse protéger un enfant de toutes les épreuves ni de tous les dangers de ce monde.

En revanche, je crois profondément que nous pouvons lui offrir des fondations suffisamment solides pour qu’il puisse les traverser en sachant qu’il ne sera jamais seul et qu’il trouvera toujours un soutien.

Comment ?

En lui laissant sa place dans ce monde dès son plus jeune âge.
En accueillant ses choix, ses questions et ses avis.
En l’encourageant dans ce qui l’anime.
En célébrant ses réussites et en l’accompagnant dans ses échecs.
En le laissant apprendre de ses expériences, tout en étant là pour limiter les dangers qu’il ne peut pas encore mesurer.

Simplement…

Le laisser croire que les bâtons sont des épées.
Que les nuages racontent des histoires.
Qu’au bout de l’arc-en-ciel se trouve peut-être un trésor.
Accepter le café imaginaire qu’il nous sert avec tant de fierté.
S’émerveiller avec lui devant une coccinelle, une feuille qui tombe ou toute autre merveille.

Parce qu’un enfant ne devrait jamais avoir à devenir fort pour porter le poids des adultes.



J’aurais aimé que l’on me laisse le temps de croire que le monde était beau avant d’apprendre qu’il pouvait faire peur.

Être parent, c’est apprendre à choisir ce que nous souhaitons transmettre… et ce que nous décidons enfin de laisser derrière nous.


Ici, chaque parole a sa place, tant qu’elle est déposée avec respect et bienveillance.

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