Des mois se sont passés depuis l’avortement et la simple idée d’un rapport sexuel est compliquée.
D’ailleurs, je ne dis même pas « faire l’amour » mais « avoir un rapport sexuel ».
Je suis totalement coupée émotionnellement, avec un fort dégoût pour les parties génitales masculines.
J’ai bien essayé, à un moment, d’aller vers lui.
Je me suis dit « Essaie, peut être que ça va te débloquer et que tu aimeras à nouveau ».
QUE NENNI !
Je n’ai pas aimé. J’avais peur. J’étais rigide. Je n’avais pas envie.
Et, pompon, le préservatif s’est déchiré. Je me suis retrouvée figée, glacée, vide.
Comme si j’avais été punie d’avoir essayé.
À partir de là, mon corps a refusé toute approche physique.
Le poids du couple
Quiconque vit une intrusion dans son intimité, quelles que soient les circonstances, peut être amené à rejeter tout contact physique.
Ce n’est pas volontaire.
Il est possible que ce ne soit pas par choix, mais par protection, par réflexe de survie.
Ça peut être très difficile à comprendre pour la personne que l’on voit ou avec qui on est.
La personne en face peut finir par croire qu’elle n’est plus désirée.
Qu’elle n’est plus aimée.
Alors qu’en réalité, elle se retrouve face à une blessure qui ne lui appartient pas.
Pas de désir.
Peur de l’ intrusion.
Peur de devoir se forcer.
Peur de décevoir.
Peur d’être rejetée.
La culpabilité au max et parfois même avec de la honte pour ce que l’on a vécu, et qui nous a amenés là.
Conseil d’une sexologue
Elle m’a proposé un exercice qui m’a beaucoup surprise.
L’objectif n’était pas de retrouver une sexualité.
L’objectif était de retrouver un sentiment de sécurité.
Parce qu’après un traumatisme, le corps a parfois besoin de réapprendre que le contact peut être doux, choisi et respecté.
Tout repose sur une seule idée :
Créer un cadre dans lequel chacun se sent libre.
- Choisir un vrai moment :
Pas entre deux obligations.
Pas devant la télévision.
Un moment où vous êtes pleinement disponibles l’un pour l’autre.
Une balade.
Un pique-nique.
Un verre partagé.
Une lumière douce dans le salon.
Peu importe l’endroit.
L’important est de pouvoir parler calmement.
- Construire le cadre ensemble :
Chacun dit simplement :
« Aujourd’hui, voilà ce que je me sens capable de recevoir. »
Et aussi :
« Voilà ce que je me sens capable de donner. »
Cela peut être :
les mains ; les cheveux ; le visage ; les épaules ; les pieds.
Ou seulement une seule partie du corps.
Il n’y a aucun objectif à atteindre.
Aucune obligation d’aller plus loin.
Le cadre est là pour protéger les deux personnes.
- Le faire évoluer :
Le plus difficile est souvent là.
Quand quelque chose change, on n’improvise pas.
On reprend un nouveau rendez-vous.
On en reparle.
On modifie le cadre ensemble.
C’est ce qui permet au corps de rester en sécurité.
Nous, ça a été un soir, musique d’ambiance, lampe allumée et sur le canapé.
On s’est assis et je lui ai dit ce que je pouvais recevoir : des caresses/touché sur les mains, cheveux, visage et pieds.
Pour tout le reste de mon corps, c’est impossible.
Je lui ai demandé si c’était d’accord pour lui et il a accepté.
Puis ça a été à lui et il m’a expliqué qu’il voulait les mêmes que moi. Il ne voulait pas rajouter de zone qui pourrait l’amener à vouloir plus et, donc, ressentir de la frustration.
Et de mon côté, ça m’allait aussi.
Une fois d’accord, que l’exercice commence !
La vibration
Première seconde, ressenti : malaise.
Me retrouver face à lui, sans parler… ça paraît si simple, et pourtant, ça ne l’était pas pour moi.
Les yeux dans les yeux, caresser ses mains comme si je les découvrais pour la première fois.
Ce qui se passe à ce moment-là est très fort et déstabilisant.
Je sentais mon corps sur la défensive, alors qu’il n’y avait aucun danger.
J’ai donc commencé à découvrir chaque articulation, son grain de peau, chaque centimètre de ses mains.
C’était étrange, j’avais l’impression d’être dans une sorte de nudité que je ne connaissais pas et pour laquelle je me découvrais pudique.
Puis le visage. C’est tellement intime de passer ses doigts sur chaque ridule, grain de beauté, chaque cicatrice, dans le calme et la douceur.
C’est un instant sur pause.
Et au moment où mes doigts ont frôlé ses lèvres, une vibration.
Elle est partie de ma poitrine pour s’irradier dans tout mon corps.
Une décharge électrique, minuscule et immense à la fois.
Ça m’a surprise. Une étincelle dans le noir.
J’ai gardé ça pour moi. Je n’ai pas voulu lui dire que quelque chose revenait.
Au fond, cachée derrière beaucoup de culpabilité et d’excuses, je savais que ma relation était terminée.
Et, en même temps, je réalisais qu’une braise était toujours vivante, cachée, à l’intérieur de moi.
Ces moments de partage m’ont rappelé qu’après un traumatisme,
l’intimité de son couple ne se mesure pas au désir, à la passion ou au sexe.
Elle naît dans la sécurité & elle grandit dans la douceur.

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