
Avant que tu ne lises mes mots, je tiens à te prévenir, cet article parle de l’avortement. Le mien.
Si ce sujet est trop sensible, préserve toi.
Avec toute ma tendresse, J.
Elle
Si je suis honnête avec moi-même, ce que j’ai toujours voulu,
c’est revivre ce que j’ai connu avec mon premier amour.
C’est cette vie-là que j’ai idéalisée pendant des années. Et que je cherche encore aujourd’hui.
Je l’ai rencontré un été, à la plage. J’avais 14 ans.
Et encore aujourd’hui, il est le seul pour qui, tout s’est arrêté, au premier regard.
Mon cœur, mon corps, ma tête.
Tout.
Avec lui, je me souviens d’un univers vivant et libre.
Une maison imaginée par deux artistes, ses parents.
Un lieu de vie qui respire, au bord de l’océan.
Parquet, mosaïques, fruits frais sur la table.
Une table de ping-pong dans le jardin.
Un chien, un lapin.
Et de la musique, tout le temps.
Pas de télé.
Ici, habitait la créativité, la liberté.
Des temps d’échanges et aussi des temps de silences.
Des temps de pensées et de gratitude.
Des journées pieds nus.
Au soleil.
À vivre.
Juste ça.
C’est cette vie-là que je veux.
C’est dans cet univers-là que je me sens à ma place.
Pas de téléphone ou de télévision.
De la musique.
Créer, danser, chanter, imaginer, jouer.
Des choses simples, vraies.
Du temps.
Et de la liberté.
J’ai eu plusieurs relations.
Aucune ne portait ces valeurs-là.
Alors je préfère être seule et vivre comme je le souhaite.
Plutôt que de m’adapter à quelque chose qui ne me ressemble pas.
La solitude, elle, ne m’a jamais fait peur.
La seule peur que j’ai toujours eue…
C’est de tomber enceinte “comme ça”.
Par accident.
Sans même m’en rendre compte.
J’ai très peu, voir aucune confiance dans les contraceptions.
Quant au sujet des enfants, il a toujours été particulier pour moi.
Du moins, en décalage avec les autres.
Déjà au collège, pour moi, il était plus juste d’adopter.
Donner de l’amour, un lieu sécure, à un enfant qui en a besoin.
Lui
Sur les photos, j’ai vu un bel homme.
Souriant. Lumineux. Sportif.
Des balades avec des chiens, des apéros avec les amis.
Par message, quelqu’un d’attentionné.
Curieux. Présent.
Puis on s’est rencontrés.
Et là, j’ai découvert une autre facette.
Un physique différent.
Des gestes tremblants.
Un regard fuyant.
Comme s’il y avait quelque chose d’éteint à l’intérieur.
Puis il y a eu un peu de vin.
Et avec ça, quelque chose s’est ouvert.
Un peu de lumière.
J’aurais dû m’arrêter là.
Une personne qui s’illumine qu’avec l’alcool… Ça en dit déjà assez.
Mais je suis restée.
Des messages.
Des appels.
Des dîners.
Et puis une nuit.
Un rapport.
Protégé.
Même pas terminé.
Et ça a suffi.
D’un coup, quelque chose a changé.
Nouvelle facette :
possessif,
jaloux,
envahissant.
Un message laissé sans réponse de ma part, un dimanche au travail, a engendré douze appels en absence.
Un message tel que « coucou, comment ça va ce matin ? Bien dormi ? ».
Tu l’as sûrement compris :
ma liberté et ma tranquillité sont deux éléments non-négociables dans ma vie.
Rien ne me freine plus vite qu’une personne qui essaie de m’en priver.
Alors j’ai arrêté.
Immédiatement.
L’annonce
Ça faisait plusieurs années que j’avais arrêté la pilule pour des raisons médicales.
Dans les périodes de stress, il m’arrivait déjà que mes règles disparaissent.
Alors quand c’est arrivé cette fois-là, je n’ai pas paniqué.
Je venais de quitter mon appartement.
Pour la première fois, j’étais hébergée.
Dépendante.
Une violente dispute avec mes parents nous avait éloignée.
Je ne savais pas quoi faire de ma vie et de toutes mes formations.
J’étais épuisée et mon corps commençait à réagir.
Je mangeais beaucoup plus, parce que je me dépensais plus.
J’étais plus sensible, parce que ma thyroïde devait être déréglée.
Et cette éruption de petits boutons sur le corps qui me démangeaient, « comme si j’avais quelque chose à l’intérieur ».
Le médecin n’avait pas d’explication pour ma peau.
Alors j’ai décidé de faire un bilan sanguin.
Vérifier la thyroïde, d’éventuelles carences, ce qu’il se passait de l’intérieur…
Le jour J, au moment de donner ma carte vitale, j’ai demandé à rajouter les hormones.
Au fond… Je savais.
Je récupère les résultats le soir même.
Je les ouvre dans ma voiture.
Je lis.
Je relis.
Je sors de la voiture en tremblant.
Stone.
Je retourne dans le labo.
Je demande à ce qu’on m’explique « ça ».
La secrétaire sort de son bureau.
Elle me regarde.
Et me dit que je suis enceinte.
Le temps est arrêté.
Plus de son.
Plus d’image.
Mes yeux voient.
Mon cerveau s’est éteint.
Mes émotions, elles, se sont enfermées.
4 à 6 semaines.
On m’a accompagne pour m’asseoir.
Je suis là.
Dans la même position.
À pleurer.
Le temps
La seule chose que je ne voulais pas vivre était là.
Nous nous étions protégés.
Et même plus, nous n’avons pas été au bout.
C’était impossible.
Avorter ?
Inimaginable pour moi.
Je me suis réfugiée chez ma soeur, le temps de… De quoi je ne sais pas…
Enfin si, le temps de pleurer.
De m’énerver.
De pleurer à nouveau.
De réfléchir.
De parler et d’écouter.
Le temps de me sentir capable de rentrer seule, tout en sachant que ma vie était entrain de changer.
En rentrant chez moi, je lui écris.
Je veux le voir, je dois lui parler.
Il refuse.
Il a rencontré quelqu’un.
Il est amoureux.
Comme si c’était une phrase magique qui le protège de tout contact.
Sauf que ce n’est pas une question.
Soit il me dit quand on peut se voir, soit dans la demi-heure je suis devant chez lui.
Alors il accepte.
Quand je lui annonce, il m’ouvre les bras.
Contre toute attente, il est doux.
Présent.
Il me dit que le choix m’appartient.
Qu’il sera là.
Il va même jusqu’à envisager une vie de famille.
(Sans moi cette idée-là)
Je lui demande seulement de pouvoir le contacter.
Si j’ai besoin, pour en parler.
Sur le moment, j’y crois.
Au fond, ce n’est pas un engagement à vie que je demande.
C’est une présence pour parler et un soutien pour la décision finale.
Les jours passent.
Et en réalité, il disparaît.
Je l’ai compris ce soir-là.
Paniquée.
Perdue.
En larmes.
Je lui écris.
J’avais besoin d’en parler.
Il me répond « je ne peux pas te répondre, ma copine dort à côté. »
J’étais seule.
Et je me suis souvenue de ce cahier.
Un beau cahier.
Celui dans lequel je n’avais encore rien écrit et que j’avais pris dans mes cartons.
Alors j’ai choisi ma couleur.
Pour cet être, qui partageait mon corps depuis peu.
Et je lui ai écrit le début de l’histoire.
Mes questions.
Mes peurs.
Mes larmes.

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