
Parler
À 17 ans, j’ai posé ma première pierre.
J’ai demandé à voir une psychologue.
Elle fut la première personne à entendre tous mes souvenirs, mes sentiments et émotions gardé secrets pendant toutes ces années.
Elle organisa une séance avec ma mère, qui pleura avant de douter de moi.
Dans ma lancée, je suis allée voir mon père.
Je voulais savoir pourquoi il m’avait ignoré toutes ces années.
Il y avait ses deux fils, qui ne savaient pas qui j’étais.
Il n’avait jamais reçu mes lettres non plus.
Finalement, le moment a été si intense pour moi, que je suis partie sans savoir si j’avais réellement eu de réponse à mes questions.
Quand tu choisis de décider de ton chemin, la douceur peut mettre du temps avant d’apparaître.
Moi les schémas ont continué.
Dans mes amitiés.
Dans le travail.
Dans mes relations amoureuses.
Je pouvais créer des situations qui poussaient les autres à partir sans même m’en rendre compte.
Je me dirigeais toujours vers de la violence, du rejet, abandon, manipulation.
Comme si c’était là où je me sentais le mieux.
Alors que c’était exactement ce que je voulais fuir.
Agir
À 20 ans, j’ai eu un grave accident de voiture.
Sous médicaments de plus en plus forts.
Examens à droite à gauche.
Séjour en centre de rééducation qui a été un échec, je suis rentrée chez moi avec un lumbago aigu en plus.
Dépression.
Alcoolisme.
Seule.
Encore.
Cependant, quand j’étais au centre, ma mère m’a apporté un livre :
Lâcher prise de Guy Finley.
J’avais tellement de rage et de colère en moi face à la personne qui m’avait percuté et mise dans cette situation, que je ne voulais pas le lire.
Je ne voulais pas entendre parler de pardon, de lâcher prise, « ça ira mieux », « tu verras avec le temps » blablabla.
Cependant, je l’ai quand même ouvert après des jours de déni.
Il m’arrivait de relire la même page 3 fois, je ne retenais pas et surtout, je le lisais sans comprendre.
Jusqu’à ce passage :
Ce jeune garçon tracté en wakeboard. Il s’amuse sur l’eau jusqu’au moment où il tombe.
Il continue de s’accrocher à la corde au risque de se noyer.
La peur l’empêchait de lâcher prise physiquement et émotionnellement.
Il est là le sens du lâcher prise.
Depuis toute petite, j’étais en apnée, je m’autorisais à souffrir, à me taire, jusqu’où ? Encore combien de temps ?
Peur de vivre, de crier, de respirer, de me montrer parce que je ne connaissais rien d’autre que la pression, l’oppression.
J’avais appris à ne pas faire de bruit.
À ne pas me faire remarquer.
À subir sans rien dire.
Mon âme criait à l’aide.
Quand mon corps a enfin cessé d’avoir mal, j’ai pu remettre de l’ordre dans ma vie.
J’ai troqué les bouteilles de vin par des légumes, des fruits, du poulet, des œufs.
Je me suis créé un enchaînement d’étirements et une routine de mouvements pour renforcer ma sangle abdominale et mon dos.
Réussir à remettre du mouvement dans ma vie m’a rendue fière de moi.
Et ça, ça m’a donné l’énergie nécessaire et le courage pour continuer chaque jours.
Tout ceci a à son tour, créé un nouvel espace en moi.
Un lieu vierge, près à accueillir en douceur une nouvelle étape.
Lâcher prise et découvrir qui je suis derrière toutes ses violences subies.
La première phrase que j’ai entendue a été :
« Tu es Jessica. »
Ça paraît évident, c’est mon prénom.
Et pourtant, c’est à ce moment-là, que tout a pris du sens.
Qui suis-je si j’enlève les peurs, la haine et la rancœur ?
Si on retire le contrôle, l’exigence, l’autorité parmi laquelle j’ai grandi ?
J’ai passé 11 ans chez différents thérapeutes.
Par plaisir, par envie d’apprendre encore, de me sentir mieux, de me rencontrer, moi, Jessica.
Je n’ai pas le droit d’exister.
Il s’agit de mon noyau. De la première croyance ancrée et la plus difficile à trouver et à transformer.
Je n’étais pas désirée.
Je n’ai même pas été conscientisé pendant plus de 6 mois de grossesse.
J’ai grandi sous la peur, la violence physique et morale, les menaces.
Ce que j’aimais était jugé, ce que je disais était déplacé, ce que je faisais était sanctionné.
Je pensais que la vie des adultes serait meilleure sans moi.
J’ai appris à être transparente, discrète, gentille, polie, un caméléon pour être acceptée.
Parce que tous mes piliers de croyances m’amenaient à penser que je ne valais pas la peine d’être entendue, que ma présence dérangeait, que je n’avais pas de valeur.
Plus de 20 ans à croire que mes amis.es m’aimaient uniquement parce que je faisais semblant d’être comme eux alors que ce sont toutes les petites choses qui m’échappaient et me différenciait qu’ils aimaient.
Ne pas assumer ma féminité parce que je pourrais me faire remarquer, qu’on pourrait me trouver belle.
Me rabaisser dans mes relations au point d’être en couple avec des hommes qui ne partageaient pas mes valeurs, en me disant » ils m’acceptent comme je suis », comme si j’étais un poids lourd à supporter.
Aujourd’hui c’est terminé.
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