Les blessures d’enfance

L’histoire derrière le silence

Si je devais choisir une couleur pour mon enfance, ce serait le violet.
Une couleur spéciale, comme un bleu qui ne veut pas s’effacer et que l’on pense incruster à jamais.

On sait trop bien s’habituer à la souffrance.
La dissimuler alors qu’elle est là, à chaque instant.
Elle nous oppresse, nous consume, nous étouffe, comme un parasite dans notre corps qui prend un peu plus de place chaque jour.

À chaque événement, nouveauté ou changement, ce parasite reprend le contrôle et nous freine.
Il nous empêche de nous exprimer, de faire nos propres choix, et même de partir ou de fuir.


Tout ce dont je parle, je l’ai vécu
&
je sais que nous sommes nombreux.ses.

C’est d’ailleurs la raison de cet article
&
il sera le premier que je publie.

Pour te raconter, dans les grandes lignes, mon histoire.
Que tu comprennes d’où je viens.
Que tu saches qu’importe ta situation, tu n’es pas seul.e et cette situation ne définit pas qui tu es.


J.

Je suis née de parents déjà séparés.
Ma mère avait 17 ans, il s’agissait d’un déni de grossesse.

J’ai fait mes premiers pas chez mon grand-père, à la ferme.
Mes trois premières années se sont construites dans l’écoute, la découverte, la nature et la bienveillance.

Puis la vie a basculé lorsque ma mère a rencontré cet homme.

Je n’ai aucun souvenir précis de cette période.
Je sais seulement que je l’appelais papa.

Encore aujourd’hui, je revois son regard noir.
Je sens cette odeur migraineuse de cigarette.
Je ressens le poids de son autorité.

Au fil des années, j’ai commencé à ressentir un nœud au ventre quand je rentrais à la maison.
La gorge serrée au point de ne plus pouvoir parler.

Les premiers réflexes de protection sont arrivés trop tôt.

Les bras qui se lèvent dès que quelque chose s’approche du visage ;
Le sursaut au moindre bruit ;
Marcher doucement pour ne pas être remarquée ;
Devenir transparente.

Je n’en parlais pas. Et personne ne me posait de question.


Le poids d’une vérité.

Ma mère s’est assise à côté de moi ce jour-là, je devais avoir 7 ans, pour m’annoncer que cet homme n’était pas mon père.

Elle m’a donné le nom de mon géniteur.
Leur histoire passée.

Dans ma tête d’enfant, les pensées sont rapidement devenues des vérités.

• Il est violent parce que je ne suis pas sa vraie fille ;

• Personne ne m’aime et personne ne me protège ;

• Mon père ne veut pas de moi ;

• Pourquoi est-ce que je vis tout ça ?

• Je n’ai pas le droit d’être heureuse ;
• Je n’aurai pas dû exister.


Une présence qui abîme

Les années sont passées.
J’ai compris avec certitude que ce que je vivais n’était pas normal vers mes 9 ans.

Ma vie changeait. Je voyais bien comment étaient les autres parents. Je ne lui trouvais plus d’excuses.


Un soir, j’ai entendu la porte d’entrée s’ouvrir.
J’ai cru que ma mère rentrait enfin du travail.

Je suis sortie du lit et j’ai dévalé l’escalier pour la retrouver.

Puis je l’ai vu.
Lui.

J’ai couru pour remonter l’escalier et m’enfermer dans ma chambre.

Il est monté.
S’est arrêté devant ma porte et m’a ordonné de venir.

Après avoir hurlé, j’ai fini par sortir.

Il m’a soulevée par le col au-dessus de l’escalier.
Il m’a expliqué que quand il disait d’aller dormir, je devais obéir.

Puis il m’a lâchée.

Ce corps d’enfant a percuté les marches, pour finir entre la dernière marche et le sol.

À peine arrivée en bas, il m’a ordonné de retourner me coucher.

J’ai trouvé la force de me relever.
Remonter.

Je ne croyais en rien et pourtant ce soir-là j’ai prié pour qu’on vienne me sauver.


Le silence après lui

Du jour au lendemain, il est parti en vidant la maison.

Plus d’électroménager.
Plus de meubles.
Il avait laissé uniquement ma chambre et les affaires de ma mère au sol.

Alors j’ai appris très tôt à m’occuper de moi.
Le ménage.
La cuisine.
Les trajets pour l’école.
Les devoirs en rentrant.

C’était difficile.
Cependant, pour la première fois, la maison était calme.
On était toutes les deux.
Et malgré tout… c’était doux.


Entre excès et premières fois

Après le masque pour cacher les bleus est apparu un nouveau dès l’entrée au collège.

Peur d’être rejetée.
Pas aimée.
Pas acceptée.
Harcelée.
Victimisée.

Je me suis calquée sur ceux qui m’avaient intégrée.

À 13 ans :
• première cigarette ;
• puis le cannabis ;
• puis l’ alcool ;
• puis le sexe.

Je détestais le goût du cannabis.
Je détestais l’état dans lequel ça me mettait.
Ça et l’alcool.

Par contre, je pensais que ça me permettait d’appartenir à un groupe.
Alors je continuais.

Je me suis scarifiée pour la première fois en 4e.
À la même période, j’écrivais des lettres à mon père qui restaient sans réponse.


Personne n’a rien vu.
Encore.

J’en ai déduit que ma vie n’avait aucune importance.
Que celle de ma mère aurait été meilleure sans moi.

La petite fille gentille, timide et réservée a disparu.

À la place il y avait une adolescente triste, en colère et remplit de haine contre les adultes.

Ici, chaque parole a sa place, tant qu’elle est déposée avec respect et bienveillance.

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